Géologie intérieure I
Strates de Lumières

Par son écriture, cette création témoigne d’une approche contemporaine du stuc marbre scagliola. La technique traditionnelle cesse d’être un simple art décoratif pour devenir un moyen d’exploration plastique
La partie supérieure, dominée par des ocres clairs, des beiges et des nuances sableuses, diffuse une lumière douce qui rappelle les falaises calcaires ou les plateaux érodés. Les textures irrégulières, ponctuées de traces plus foncées, donnent à cette surface une profondeur naturelle. La matière semble avoir été façonnée par le temps plutôt que par la main de l’artiste.

Le regard descend ensuite vers une bande sombre aux teintes gris anthracite, dont le contour irrégulier évoque une ligne de relief ou une chaîne montagneuse. Cette forme traverse toute la composition avec une grande force graphique. Elle constitue une frontière visuelle entre deux espaces, tout en conservant une fluidité organique qui empêche toute rigidité.
Au centre apparaît une fine bande bleu clair, presque translucide. Sa présence transforme immédiatement l’équilibre de l’œuvre. Elle peut être perçue comme une rivière, une veine minérale ou une ligne d’horizon. Par sa fraîcheur et sa luminosité, elle apporte une respiration au milieu des masses minérales. Cette ligne discrète attire le regard sans jamais dominer la composition ; elle agit comme un fil conducteur reliant toutes les strates.



Sous cette ligne, les gris se densifient. Les formes arrondies, proches de galets ou de concrétions, créent un effet de profondeur et de mouvement. La juxtaposition de tonalités claires et foncées donne l’impression d’une roche en constante transformation, où chaque fragment conserve la mémoire des phénomènes géologiques qui l’ont façonné.

La bande inférieure, dans des tons corail, terre cuite et rose minéral, apporte une chaleur inattendue. Elle contrebalance la rigueur des gris tout en affirmant la richesse chromatique de l’ensemble. Cette couleur rappelle les roches riches en oxydes de fer ou certaines pierres méditerranéennes, introduisant une dimension presque solaire.
La force de cette œuvre réside dans la manière dont la scagliola révèle sa nature propre. Les variations de texture, les inclusions, les veinures et les effets de poli ne cherchent pas à reproduire fidèlement un marbre existant ; ils créent une matière nouvelle, capable d’évoquer la géologie tout en restant profondément picturale. La lumière glisse sur la surface, révèle les reliefs et transforme continuellement la perception des couleurs.

Cette composition possède une grande stabilité visuelle. Les lignes horizontales invitent naturellement le regard à parcourir l’œuvre de gauche à droite, comme la lecture d’un paysage ou d’une coupe stratigraphique. Malgré la diversité des textures, l’ensemble conserve une remarquable harmonie, fondée sur un dialogue subtil entre les tons chauds et froids.
Par son écriture, cette création témoigne d’une approche contemporaine du stuc marbre scagliola. La technique traditionnelle cesse d’être un simple art décoratif pour devenir un moyen d’exploration plastique. La pierre n’est plus imitée : elle est réinventée. L’œuvre propose ainsi une méditation sur le temps, les forces naturelles et la beauté silencieuse des matières minérales, où l’abstraction rejoint la mémoire profonde du paysage.