Né du silence des cathédrales et de la révélation du scagliola, mon travail transpose la liberté de l’expressionnisme abstrait dans la permanence du marbre. À travers une géométrie pure et des pigments minéraux, chaque œuvre capture l’émotion universelle pour l’inscrire dans un temps géologique. Ici, la conscience de notre finitude se mue en sérénité, transformant la matière en un sanctuaire où l’éphémère humain rencontre l’éternité.
C’est dans le silence sacré des cathédrales, au cœur de mon travail de restaurateur, que s’est révélée ma démarche. Face à ces monuments séculaires, j’ai été saisi par un paradoxe fondamental : la conscience aiguë de notre propre finitude y devient source d’une paix absolue. Dans cette architecture de pierre qui défie les siècles, l’individu se sait éphémère, mais cette prise de conscience l’apaise en le reliant à une grandeur qui le dépasse.
Cette quête d’éternité a trouvé son langage dans le stuc marbre scagliola. Ce fut une révélation, un coup de foudre pour une matière capable de capturer l’instant pour le graver dans le temps long. Inspiré par la liberté gestuelle de l’expressionnisme abstrait, je transpose l’émotion brute dans la rigueur de cette technique ancestrale, dont les racines remontent à la Renaissance et à Catherine de Médicis.
Mes compositions s’ordonnent selon une géométrie pure, faite de carrés et de rectangles, qui ancrent le regard et structurent l’espace. Mais c’est dans la chair même de l’œuvre que réside son mystère. Loin de la superficialité de la peinture, le scagliola offre une profondeur insondable. J’y incorpore des pigments minéraux et des poudres métalliques qui, captant la lumière, semblent irradier de l’intérieur. L’aspect marmoréen n’est pas un simple effet visuel ; c’est une présence physique, une épaisseur tellurique que la toile ne saurait transmettre.
Ainsi, chaque œuvre devient le réceptacle d’émotions universelles qui nous transcendent. Nous n’en sommes que les dépositaires passagers. En figeant ces sentiments dans la matière, le scagliola les arrache à la fugacité de l’existence humaine pour les inscrire dans un temps géologique. Comme dans la nef d’une cathédrale, l’œuvre nous rappelle notre finitude tout en nous offrant un fragment d’éternité, transformant l’émotion individuelle en un héritage durable où passé, présent et infini ne font plus qu’un.